
Manager intermédiaire, situation périlleuse par Christine Delafare
Tantôt appelés Chef d'équipe, Superviseur, responsable ou encore coordinateur,
les entreprises ont quelques difficultés à définir le poste et les missions
des Managers intermédiaires (Middle Management) et leur dénomination recouvre
des contenus différents selon les organisations.
On assiste aujourd'hui à un déplacement de la fonction vers plus d'autonomie,
de responsabilisation, de coopérations par le travail en mode projet,
mais aussi vers une prise en compte des aspects économiques et des compétences
relationnelles. Les Managers intermédiaires sont formateurs, doivent impliquer
le personnel, participer à la fiabilisation des moyens de production,
prendre en compte l'environnement et la sécurité, gérer un budget, déployer
la stratégie de l'entreprise…
La dimension technique de leur fonction est toujours présente mais indirecte
: la fonction demande aujourd'hui d'échanger sur ce que les individus
doivent faire ensemble et comment ils doivent le faire, de savoir faire
face à des situations évolutives, à l'imprévu et d'élaborer des solutions
adaptées.
Les modes d'organisation par projet basés sur l'innovation permanente
ou chacun doit contribuer influe largement sur le nouveau rôle du Manager
intermédiaire : il s'agit davantage de donner aux opérationnels les moyens
de régler leurs difficultés, mais de façon autonome
L'entreprise demande aux encadrants intermédiaires d'être des relais actifs
de la DRH. Leurs tâches administratives s'accroissent puisqu'ils gèrent
les plannings, les congés, les entretiens annuels, les plans de montée
en compétences des équipes, les recrutements… Par ailleurs, ils constituent
des relais de la direction, des courroies de transmission de l'information
ascendante et descendante et doivent intérioriser les objectifs de l'entreprise
pour que leurs décisions soient cohérentes avec la politique générale.
Cette difficulté à répondre aux attentes de l'entreprise est d'autant
plus grande qu'ils n'ont pas été préparés à cette évolution. Ils ont le
sentiment d'en faire toujours plus, d'être en première ligne en cas de
suppression de postes et ont tendance ces derniers temps à baisser les
bras, et même à devenir parfois critique vis-à-vis du Top Management,
tant les organisations ont peu accompagné cette mutation. Les Managers
intermédiaires sont généralement trop peu formés, sont soumis à un stress
permanent tant les projets se multiplient et à une remise en cause constante
tant la pression à la performance est grande.
Ils sont proches de leurs subordonnés car souvent issus du même milieu
et présentent le plus souvent des lacunes en matière de management et
de communication. Enfin, leur positionnement intermédiaire est en soi
une difficulté dans leur définition identitaire : ils sont supérieurs
hiérarchiques et aussi subordonnés.
L'autonomie de pouvoir des Managers intermédiaires dépend en partie de
la relation qu'ils entretiennent avec leur supérieur hiérarchique et de
celle qu'ils entretiennent avec leurs subordonnées en fonction des situations
qu'ils ont à gérer. Ils se doivent de mettre en œuvre leur capacité technique
à gérer les crises tout en maîtrisant les susceptibilités des uns et des
autres.
Les Managers intermédiaires restent très axés sur leur formation technique
et leur culture technicienne sur lesquelles ils ont été reconnus et recrutés
et sur lesquels ils ont naturellement des compétences. On remplace l'identité
professionnelle, structurée autour de la technique et du métier par une
identité nouvelle fondée sur l'image d'une entreprise moderne et performante
centrée sur le service à rendre au client.
Ces constats ont d'ailleurs invité certaines entreprises à remettre à
plat les profils à recruter et les modes de sélection prenant en compte
les nouvelles missions. Des parcours d'intégration et d'adaptation voient
peu à peu le jour et de nombreuses actions de formation permettant d'acquérir
des outils et des compétences managériales et humaines se sont développées.
L'enjeu pour les organisations est donc d'entrer dans un rapport complexe
mettant en jeu à la fois le rapport à l'entreprise mais aussi l'évolution
des parcours de salariés. Il est nécessaire de prendre en compte l'individu
et sa complexité, les représentations qu'il a de sa fonction de ses collaborations,
de ses relations avec l'équipe et la hiérarchie.
Ainsi, l'évaluation des compétences nécessaires à la définition des postes
de Managers intermédiaires gagnerait à être repensée, de même que les
critères d'évaluation de leurs performances et l'accompagnement lors de
la prise de fonction. Or, les entreprises tendent toujours à privilégier
l'expertise aux compétences managériales avec le risque de décalage avec
les attentes réelles de l'organisation.
Nos Conseils
Mettre en place une politique de recrutement et d'intégration des Managers Intermédiaires
Elaborer une stratégie de valorisation de la fonction de Manager Intermédiaire
Rendre les Top Managers partie prenante de la réussite des Managers intermédiaires :
Favoriser la cohésion des équipes de Management élargies (Top Managers et Middle Managers) notamment par la mise en place d'équipes projets transverses intégrant plusieurs niveaux hiérarchiques.
Développer les compétences en continu des Managers intermédiaires
Mettre en place des parcours d'acquisition de connaissances, de savoir-faire et de savoir être.
Les parcours personnalisés feront appel à la formation mais pas uniquement : la délégation, la résolution de problèmes en équipe, le coaching managérial proposent également des situations d'apprentissage et donc, de progrès.